TANGLE EYE – ALAN LOMAX’S SOUTHERN JOURNEY REMIXED

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L’évolution du cours du Mississipi par Harold N. Fisk

Dans une cahute de Louisiane, Alan Lomax presse le bouton play de son enregistreur, Son House s’exécute et enregistre Walking Blues, une chanson qui reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux testaments du blues. Nous sommes en 1941. Voilà déjà 10 ans que les Lomax père et fils voyagent dans toute la partie Sud des États-Unis pour sauver ce qu’il reste d’un monde menacé. La grande dépression a fait des ravages. Le monde découvre juste le nouveau jeu des banques mais aussi comment celles-ci sont amenées à donner le nouveau temps à toutes les sphères de l’existence. Il était moins une. Sillonnant les routes avec une voiture reconvertie en studio d’enregistrement, Loman remonte dans l’histoire, cherchant les racines d’une culture rendue muette depuis si longtemps pour construire la plus grande archive musicale de l’Amérique de ces années – dont je vous recommande d’ailleurs chaleureusement l’écoute.

Mais nous ne sommes pas là pour parler de ces disques. Ce qui nous attire ici c’est un album de Tangle Eye qui remixe les archives vocales de Lomax. Moby s’était déjà essayé à l’exercice, mais – concluant ou pas, nous ne sommes pas là pour en juger – ce qu’il s’était approprié de façon exclusive est ici conservé et laissé authentique. Les auteurs nous montrent plutôt comment l’art du remix permet de remettre au goût du jour des enregistrements menacés une seconde fois d’oubli. L’odyssée musicale se fait d’ailleurs dans l’autre sens. Alors que Loman tentait de remonter le temps, Tangle Eye pointe ici le doigt sur le temps passé. Les musiques noires Américaines que Loman a enregistrées ont évolué et donné naissance à de multiples sous-genres. On voit dans Chantey comment le rocksteady s’est influencé de ces work song en y rajoutant un rythme syncopé. Drowned nous fait sentir aisément les racines même de la soul, tandis que Rosie nous envoie à 100 km/h sur la piste du rock’ n roll. Leur travail est donc complémentaire à celui de Lomax, il tente simplement de montrer comment les cultures changent, se divisent, tout en gardant toujours une essence commune. Pour aller plus loin, je vous conseille de visionner le film de Scorcese Blues :  Delta du Mali au Mississipi. C’est rassurant au final de se dire que l’on entend le même écho depuis la nuit des temps.

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Categorized: CHRONIQUES , House , Jazz , Rock , Soul
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