EDWARD PERRAUD – SYNAESTHETIC TRIP

synaesthetic

Edward Perraud. Batteur, jazz. Encore une fois le hasard m’a fait découvrir un disque. Il faut avouer que la pochette m’avait pas mal attiré, mais on a tôt fait de rejeter un disque à belle pochette de là où il vient : trôner sur le bureau d’un artiste pictural. Celui-ci échappe à ce pauvre destin et reste là, absent, invisible, caché dans mon lecteur CD à répéter en boucle ses quelques brides de vies. Vie prend parfois un ‘s’ (flatteur me direz vous), et il en est bien ainsi.

Postulat de départ : la vie moderne se caractériserait par la possibilité de faire des choix entre différents champs de définitions comme autant de structures stables pour sa personnalité. La modernité, une légitimation de la chimère ? Ce monstre dans lequel les anciens voyaient l’anormal, l’informe, l’inharmonieux; en somme le déviant face à cette norme : nous ?

En un sens oui, mais il y a chimère et chimérique. La chimère serait donc ce monstre (ce qui suit est tout à fait personnel – encyclopédiques, gare !) dans tout ce qu’il a de plus unique, de plus solide et construit. Chimère c’est l’association des formes qui donne ce tout, peut-être disgracieux, mais bel et bien identifiable. On pourrait même aller jusqu’à dire que l’aspect bizarroïde n’est qu’une affaire de goût après tout. Tandis que chimérique ne serait qu’une forme qui tendrait vers la décomposition, dont les lignes ne seraient qu’à peine perceptibles, comme une illusion gazeuse, et donc au fond presque inexistant. C’est ici que le parallèle avec la musique se fait, car je comprends bien que ces considérations sur l’idée de chimère vous perdent un peu.

On entend aujourd’hui beaucoup trop d’artistes musiciens faire d’un post-punk-industrial-melo-hardcore leur dada, ou même de tout autre nom barbare – qui informe d’ailleurs moins sur la texture musicale que sur les différentes influences. Cette énigme de patchowrk musical se résout de différentes manières : soit une forme musicale en mange une autre; soit la musique ressemble à une recomposition ratée, une mauvaise salade où le saut entre les différents goûts est bien trop abrupte pour donner une réelle saveur; ou bien, soyons direct, le mélange des genres est nul; ou encore, et c’est peut-être le cas ici, l’unité est retrouvée par une savante orchestration qui donne le ton à toutes les parties. Dans ce dernier cas, l’ensemble est nécessaire à la compréhension de la partie. C’est un album en tant que tel, une œuvre au sens noble dont le corps, bien que caché au départ, se découvre et s’explore au fur à mesure des écoutes. Synaesthetic trip, le nom nous donne bien l’explication : mot grec signifiant « perception simultanée ». On aurait tort de n’en percevoir que la dé-composition. Tout est affaire de regard, comme un corps ou une idée que l’on déshabille pour mettre en valeur ses formes ou son contenu restés latents. Moderne donc. Monstrueux ? Comme je l’ai dit, tout est affaire de regard. Chimérique ? Rien n’est moins sûr.

Musique Maestro !

N.b. : Vous devez être connectés sur Deezer si vous voulez écouter l’album en entier. Si vous avez facebook, ça se fait en un click à partir du site.

Partager
Categorized: CHRONIQUES
Tagged: ,

This Post Has 0 Comments

Leave A Reply