CiGÚRi : Interview

 

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Nous vous avions déjà parlé de CiGÚRi à la sortie de son premier album Mare nostruM. Elle revient en cette fin d’année avec une tournée et un nouvel EP. STM l’a rencontrée à cette occasion, afin de lui poser quelques questions.

STM : Tout d’abord, d’où vient le nom Cigùri ? 

CiGÚRi : C’est le nom d’un esprit chamanique de la tribu des Tarahumaras (qu’a étudié Antonin Artaud). Ca fait référence à une cérémonie, où tu prends le peyotl jusqu’à ce que « Ciguri » te donne ses yeux pour voir la vérité. Comme je fais des chansons qui parlent de choses très personnelles, pour moi c’est une manière de dire que je vois ma propre vérité au travers de ma musique.

STM : Tu as toujours fait de la musique ?

CiGÚRi : Toute petite j’ai suivi les cours de piano du conservatoire. Mais j’ai appris seulement à jouer d’un instrument, pas à composer. Du coup vers 12-13 ans j’ai commencé à écrire des chansons, tout en anglais, je n’écoutais que de la musique anglo-saxone et lisais les paroles en même temps pour comprendre la langue. Puis j’ai arrêté vers 17 ans, en me disant qu’il fallait que je fasse un « vrai » métier. Là j’ai commencé des études de stylisme. C’est à 21 ans qu’un ami m’a proposé de faire une apparition pour son groupe. Comme j’étais terrorisée à l’idée de chanter, il m’a conseillé de prendre des cours. Là j’ai rencontré Tania Zolty qui est devenue mon coach vocal. Ensuite je suis restée 2 ans dans le groupe de mon ami, puis je suis partie à Berlin démarrer mon projet solo.

STM : Pourquoi Berlin ?

CiGÚRi : Je me suis réveillée un matin en me disant que mon projet devait se faire ailleurs qu’à Marseille où j’habitais. Je me voyais plutôt aller vers le nord, je voulais changer de pays, j’avais besoin d’être anonyme  pour pouvoir créer mon projet de toute pièce et Berlin était la ville où ça me paraissait possible.

STM : Le projet CiGÚRi a démarré tout de suite ?

CiGÚRi : Pendant un an après mon arrivée à Berlin, j’ai appris à composer seule dans ma chambre avec des logiciels. Puis j’ai commencé à enregistrer, à essayer de rencontrer d’autres musiciens. J’ai un peu tout fait à tâtons. Je n’avais pas ramené ma machine à coudre encore, donc j’ai fait beaucoup de dessins et recherches pour mes costumes en attendant. Puis je suis rentrée à Marseille pendant un mois, pour coudre la première collerette dont j’allais me servir pour mes premiers concerts.

STM : Comment tu travailles ta voix ?

CiGÚRi : Je ne prends plus que quelques cours de chant, 2 à 3 fois par an pour garder les bons appuis. J’ai appris travailler ma voix à Marseille avec Tania. Aujourd’hui j’en ressens moins le besoin, surtout depuis que j’ai arrêté de fumer. Et puis comme je chante tous les jours dans mon studio, le travail se fait naturellement. C’est important d’avoir les bases pour ne pas se faire mal, les cordes vocales sont des muscles très fragiles. Mais c’est avec l’âge, le lâcher-prise et l’expérimentation qu’elle évolue.

 

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STM : Tu as sorti ton premier album Mare nostruM l’année dernière, et tu as déjà un deuxième album en préparation. Tu peux nous en dire plus ?

CiGÚRi : Mare nostruM s’est fait en 4 ans. C’était le fruit de tout mon travail depuis mon arrivée à Berlin, depuis mes premières recherches au piano jusqu’à mes premiers concerts avec les arrangements électro. Une fois tout ce processus digéré, tout devient plus facile et rapide. En un an j’ai composé plus d’une quinzaine de chansons. C’est allé beaucoup plus vite. Mon deuxième album est déjà composé, mais je veux me laisser le temps de l’appréhender. C’est pour ça que je pars en tournée, avec une nouvelle musicienne qui m’accompagne, Kerta Von Kubin. C’est une artiste qui fait elle-même ses instruments avec des matériaux industriels et qui joue de la guitare électrique. J’aimerais collaborer avec encore d’autres musiciens, afin d’appréhender mes morceaux différemment, sortir de ma zone de confort musical.

En attendant, on va sortir un EP en janvier, il a une forme un peu particulière. C’est un live qui a été filmé  par un super réal Robin Plessy. On y joue 4 des nouvelles chansons ainsi que 3 du premier album ré-interprétées avec Kerta. On va faire une expo dans une galerie, avec le live projeté non-stop pendant 4 jours, les instruments de Kerta exposés, ainsi que tous les nouveaux costumes. On jouera un concert pour la soirée du vernissage bien sûr…
Notre travail est très visuel au niveau de la performance live, de part les projections vidéos, les costumes, les instruments créés par Kerta etc… C’était donc évident de faire un EP live filmé.

STM : Justement vous jouez bientôt à Paris. Vous avez déjà testé les nouveaux morceaux en live ?

CiGÚRi : On en a déjà fait quelques uns en concert oui. Nous avons eu la chance de faire un concert un peu improvisé en Islande. Comme nous n’avions pas nos instruments, on en a emprunté quelques uns et on a fait un concert semi-acoustique. Le concert a eu lieu dans un petit village de pêcheurs, devant des gens de tous âges, il y avait un silence religieux. C’était magique. Les Islandais ont vraiment une conception de la musique et de la culture très différente d’ici. Là on a deux dates à Paris. On cherche une date sur Lille avant de partir à Bruxelles. Puis en janvier nous présentons l’EP Time Lapsed Death. Ensuite je continuerai l’enregistrement et la production du nouvel album…

 

IMG_1309_bisPhotos : Mailie Viney

 

STM : 2015 s’annonce chargée on dirait… Tu vas tout enregistrer ton album toi-même ?

CiGÚRi : Oui, j’ai un studio à moi maintenant au 4ème étage d´une ancienne Poste. Qu’il fasse gris ou soleil, je baigne dans la lumière et surplombe la cime des arbres. C’est la différence avec le premier album où j’ai tout fait dans ma chambre.

STM : Tu gères pas mal de choses toute seule. C’est important pour toi ?

CiGÚRi :  Je compose toujours seule mais ce qui compte pour moi ce sont les rencontres humaines. J´arrive en répèt avec mes chansons et tous leurs arrangements. Kerta me fait des propositions musicales (elle arrive toujours avec un nouvel instrument ou un nouvel objet !) et nous décidons ensemble du résultat final. 
Pour l’EP live on a bossé avec mon ingé-son-magique Alexandre Hasson, une light-designer qui vient du théâtre et de la danse contemporaine Erika Sauerbronn, et un réalisateur de choix Robin Plessy. Même côté costume, les capes de l’entrée en scène sont de Ob Rey. Quand il y a une vraie rencontre artistique je suis prête à lâcher les rennes, et avec plaisir même !

STM : Comment a démarré la collaboration avec Kerta ?

CiGÚRi : Très naturellement. Kerta est une très bonne amie à la base. Elle a déjà un groupe de musique industrielle Hammerschlägen. Un jour j’ai eu l’idée de jouer avec elle, je l’ai appelée instantanément. Ca s’est fait en 5 minutes ! Elle est venue et a commencé à faire des percus avec tout ce qu’elle trouvait, et c’était parti. Elle apporte beaucoup de son univers à elle au projet. J’ai énormément de chance de partager la scène avec elle.

STM : CiGÚRi  merci ! On a hâte de découvrir le nouveau live.

CiGÚRi : Merci !

 

Ci-dessous un aperçu de la tournée 2013, ainsi que quelques morceaux choisis…

 

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